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Santé mentale
21 septembre 2009
 

La palette des thérapies complémentaires

Art-thérapie, zoothérapie, luminothérapie, EMDR, crénothérapie*, etc. : la palette des outils
dits thérapeutiques utilisés en psy s’enrichit continuellement. Aperçu.

La prise en charge psy repose classiquement sur la verbalisation, les patients étant invités à mettre des mots sur leur souffrance psychique. Ce n’est plus aujourd’hui la seule technique de prise en charge. Depuis plus d’un quart de siècle, de nouvelles formes de thérapies complémentaires se sont développées, mettant en jeu un « médiateur » ou utilisant l’efficacité intrinsèque de certaines activités ou substances.

La plus répandue d’entre-elles est l’art thérapie. A la fin du XIXe, un certain nombre d’aliénistes se sont intéressés aux peintures, écrits, et autres objets réalisés par les malades mentaux. Au début du XXe siècle, l’art devient objet de psychanalyse : « Trouver le rapport entre les impressions de l’enfance et la destinée de l’artiste d’un côté, et ses oeuvres comme réactions à ces stimulations d’autre part, appartient à l’objet le plus attirant de l’examen analytique », écrira Freud.

L’essor des thérapies à médiation

Au cours du XXe siècle,l’art-thérapie se développe, avec la mise en place d’ateliers d’ergothérapie ou d’ateliers occupationnels. L’utilisation de l’art comme outil thérapeutique s’est progressivement imposée dans les structures de soins et les publications comme les formations sur ce sujet se sont multipliées.

De quoi s’agit-il ? « L’art-thérapie, explique la Fédération Française des Art-Thérapeutes, est une pratique de soin qui se fonde sur l’utilisation thérapeutique du processus de création artistique. L’art se met au service du soin pour renouer une communication, stimuler les facultés d’expression et dynamiser les processus créatifs de la personne  ».

Schématiquement, non seulement la création est thérapeutique en elle-même mais l’activité créatrice est utilisée comme processus thérapeutique. Le but n’est pas de créer une oeuvre esthétique mais d’utiliser ces temps comme moyen et lieu d’échanges entre le patient et le thérapeute/soignant, formé à cet autre langage qui permet de s’exprimer avec d’autres mots que verbaux. Si les arts plastiques ont été parmi les premiers à être utilisés en artthérapie, d’autres supports sont venus enrichir la palette des outils de médiation. La création peut s’exprimer sous forme de musique, d’écriture, de danse, de théâtre, de photographie, etc.

Ainsi, la musique commença à être utilisée en France dans les années 40/50 pour soulager les soldats convalescents de leurs insomnies, anxiété et autres dépressions post traumatiques. Elle est tantôt « active », le patient s’exprimant à travers la production de sons au moyen de sa voix, de percussions ou d’un instrument de musique, ou encore « réceptive », étant fondée sur l’écoute de sons ou d’extraits musicaux. La musique peut aussi être utilisée dans le cadre de la biomusicothérapie, thérapie fondée sur l’action du son sur le plan organique.

De l’art à l’animal

D’autres thérapies à médiation se développent. C’est le cas de la zoothérapie ou Thérapie par Médiation Animale qui utilise un animal familier (chien, chat, âne, cheval, etc.). La TMA, explique en substance l’Institut Français de Zoothérapie, a pour objectif d’« éveiller des réactions visant à maintenir ou à améliorer le potentiel, ludique, cognitif, physique, psychosocial ou affectif » des patients. L’équithérapie, par exemple, est « un soin psychique fondé sur la présence du cheval comme médiateur thérapeutique et dispensé à une personne dans ses dimensions psychique et corporelle.  ». L’utilisation du cheval, souligne

La Société Française d’Equithérapie s’explique « par ses qualités en tant qu’être vivant ayant un appareil psychique propre, relativement simple, doux et chaud, socialement valorisant et adapté, susceptible de porter et de transporter, non jugeant et non intrusif, apte à accepter les projections, apte au dialogue sur un mode archaïque, digne d’intérêt et de soin. Ces qualités ne font pas du cheval un thérapeute, mais bien un outil qui, utilisé par un thérapeute, sera en mesure d’ouvrir des opportunités, et de rendre possible l’amélioration d’une pathologiepsychique ou d’un mal-être.

D’autres techniques, encore, utilisent l’approche par le corps pour atteindre le psychisme. Ces thérapies corporelles sont très nombreuses, comprenant le yoga, les massages, la relaxation ou encore le packing (séance d’enveloppement humide) et la bio énergie.

Les yeux en action

Cet inventaire, un peu à la Prévert, est loin d’être fini. D’autres moyens peuvent aussi être utilisés comme outils thérapeutiques. C’est le cas de la lumière. Tout le monde connaît la luminothérapie qui consiste à exposer les yeux à une lumière d’intensité et de spectre lumineux spécifique. Cette technique est notamment indiquée pour la dépression saisonnière (blues hivernal) ou des troubles associés (alimentation, sommeil, etc).

D’autres techniques thérapeutiques sont plus récentes comme l’EMDR (Eyes Movement Desensitization and Reprocessing). Cette thérapie du mouvement des yeux,désensibilisation et retraitement de l’information a été mise au point dans les années 1980 par la thérapeute comportementaliste américaine Francine Shapiro. Cette thérapie, qui reste controversée, semblerait efficace dans le traitement du syndrome post-traumatique. Considérée comme une variante de la thérapie comportementale d’exposition, cette technique suit un protocole précis associant souvenirs traumatiques, associations mentales et mouvements oculaires ou autre stimuli.

Comme on le voit, les thérapies non conventionnelles sont très nombreuses et témoignent d’une certaine vitalité dans les modes de prise en charge des patients. Il reste à franchir une étape supplémentaire en structurant des pratiques trop souvent hétérogènes et en développant encore la mesure scientifique de leur efficacité.

 

* Utilisation thérapeutique des eaux thermales et minérales.
Extrait Virgule, le magazine de Générale de Santé - Santé Mentale. N°28 - 3e trimestre 2009

Màj. 21 septembre 2009

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