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La réhabilitation psychosociale pour réinsérer les patients
23 Octobre 2009
La réhabilitation psychosociale aide les patients psychiatriques à se réinsérer dans la société. Explications avec le Dr Gilbert Ankri, psychiatre à la Clinique des Quatre Saisons (Marseille) où des actions sont mises en oeuvre depuis quelques années.
Virgule : Comment peut-on définir la réhabilitation psychosociale ?
Dr Gilbert Ankri : L’AMRP (Association Mondiale de Réhabilitation Psychosociale) la définit comme « l’ensemble des initiatives en faveur de l’insertion dans la communauté civile de personnes souffrant de troubles psychiques chroniques et invalidants ». Elle regroupe un ensemble d’actions de soins visant à optimiser leurs capacités et un ensemble d’actions en direction de la société pour favoriser leur insertion. La réhabilitation se situe donc aux frontières du sanitaire et du social. Cette notion s’impose de plus en plus : la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances reconnaît notamment que le handicap psychique relève « de besoins de soins de nature sociale autant que sanitaire pour acquérir un fonctionnement satisfaisant dans la vie quotidienne et trouver une place dans la société ».
Virgule : Comment se déroule un programme type ?
Dr Gilbert Ankri : Il comporte un versant tourné vers le patient et un versant communautaire. Les actions menées en direction du patient panachent plusieurs techniques dont l’efficacité a été démontrée :
- la psycho-éducation qui apporte une meilleure connaissance et gestion de la maladie par le patient et son entourage ;
- la remédiation cognitive : 70% des patients schizophrènes présentent des troubles cognitifs qui peuvent être améliorés.L’évaluation des déficits cognitifs souligne les fonctions préservées tout en faisant prendre conscience au patient deses difficultés. Elle permet de cibler la remédiation et d’enclencher une dynamique de changement ;
- l’entraînement aux habiletés sociales : il concerne essentiellement l’hygiène, la gestion du budget et l’entretien du logement ;
- les psychothérapies et notamment les psychothérapies cognitivo-comportementales;
- le travail avec les familles et l’entourage.
Virgule : Et le versant communautaire ?
Dr Gilbert Ankri : Il s’agit avant tout de trouver un hébergement et un travail adaptés, ce qui est très difficile. Les actions consistent par ailleurs à accompagner les patients dans leur vie quotidienne, à les aider à occuper leur temps libre ou encore, à prendre contact avec les groupes d’entraide.
Virgule : Cela prend-il du temps ?
Dr Gilbert Ankri : Effectivement. La réinsertion prend parfois des années. La réha-bilitation doit constituer un espace transitionnel ouvert sur le monde extérieur mais suffisamment protégé pour que la pression sociale soit réduite. Elle ne doit se faire ni trop tôt car elle pourrait faire émerger des angoisses, ni trop tard car cela risquerait d’entraîner l’isolement du patient, la perte de contact avec l’entourage et la famille, la régression de certaines capacités préservées ou encore la dépendance à l’institution.L’alliance thérapeutique entre le patient, le psy, l’équipe de soins et l’entourage familial est indispensable.
Virgule : Comment cette réhabilitation psychosociale est-elle mise en pratique aux Quatre Saisons ?
Dr Gilbert Ankri : Nous avons mis en place différentes actions en direction des patients :
• une information sur la maladie et les traitements et l’élaboration d’un contrat de soins éclairé ;
• une prise en charge psychologique et des ateliers : écriture, journal, arts plastiques, groupes de parole, évaluations de la mémoire et de l’attention, aide aux habiletés sociales, etc.
Les actions communautaires s’effectuent essentiellement à travers le « Réseau Habiter Ensemble » qui regroupe associations d’usagers, services de psychiatrie publique, directeurs de CHS, élus, etc. Son but est d’abord de lutter contre la stigmatisation que génère la maladie mentale et de peser politiquement pour résoudre les problèmes de logement que rencontrent les patients. Nous avons aussi trouvé un bailleur qui possède un immeuble à côté de la clinique. Une dizaine de patients y vivent et sont suivis quotidiennement par une équipe mobile avec laquelle nous avons signé un contrat de partenariat.
Enfin, nous participons tous les ans à la Semaine d’Information de la Santé Mentale.
Par ailleurs nous allons ouvrir un centre de jour qui nous permettra de mieux accompagner
les patients. Nous aimerions qu’il devienne un véritable centre de réhabilitation psychosociale. Nous avons aussi déposé une demande pour ouvrir des lits de nuit.

