Le travail musculaire excentrique

P. MIDDLETON - PL. PUIG - P. TROUVE - L. SAVALLI
Centre Européen de Rééducation du sportif - Capbreton

RESUME

La physiologie de la contraction musculaire excentrique reste inconnue à ce jour, mais il existe des différences significatives entre le mode concentrique et le mode excentrique : Le travail excentrique consomme peu d'oxygène et d'ATP, la force augmente avec la vitesse d'étirement et la longueur du complexe musculo-tendineux.

Il est admis, aujourd'hui, qu'il existe un effet spécifique du travail de renforcement musculaire excentrique. Il doit permettre au complexe musculo-tendineux de mieux supporter les contraintes imposées par la pratique sportive et de renforcer l'action musculaire de stabilisation articulaire. Dans notre expérience, le travail musculaire excentrique sous-maximal à vitesse lente agit sur la contracture musculaire en renforçant l'action inhibitrice des organes tendineux de Golgi sur le tonus musculaire. Il a donc sa place dans l'arsenal des techniques myorelaxantes et de gain d'amplitude.
Mais le travail musculaire excentrique est iatrogène. Il peut être à l'origine de toutes les lésions musculaires et tendineuses rencontrées lors de la pratique sportive : Le Delayed Onset Muscular Soreness, les lésions musculaires graves, avec atteinte du tissu conjonctif de soutien, s'expliquent par une activité musculaire excentrique prolongée ou intense. Le mécanisme des ruptures ou des luxations tendineuses associent pratiquement toujours : étirement du complexe musculo-tendineux et contraction musculaire. Enfin, l'analyse du geste sportif permet souvent d'affirmer le rôle d'une hypersollicitation excentrique du complexe musculo-tendineux dans la genèse des tendinopathies du sportif.

Cela rend nécessaire une utilisation contrôlée du travail musculaire excentrique en thérapeutique et en prévention. Les protocoles de renforcement musculaire excentrique doivent être réalisés de manière sous-maximale à vitesse et résistance progressives, d'où l'intérêt de l'utilisation de dynamomètres isocinétiques. La prévention de la pathologie tendineuse passe par une quantification de l'activité musculaire excentrique réalisée lors de l'entraînement.

Mots clés : excentrique, lésions musculo-tendineuses, traitement, prévention.
Le travail musculaire excentrique se définit par l'association d'une contraction musculaire avec un allongement du complexe musculo-tendineux. Il est également dénommé travail négatif en opposition au travail musculaire concentrique utilisé lors du geste effecteur du mouvement (12).
Nous lui préférons le terme de travail musculaire frénateur car cela correspond mieux à son rôle. En effet, le muscle peut être sollicité pour freiner un mouvement ou lutter contre une force externe.
Lors du mécanisme d'entorse, le muscle stabilisateur va s'opposer à la force externe lésionnelle. Il est sollicité en étirement : il travaille de manière excentrique.
A la réception d'un saut, la contraction du quadriceps a pour objectif de limiter la flexion de genou. Le quadriceps agit comme frénateur de la flexion de genou.
Lors du geste sportif, il existe pour HAGOOD (29) et DIENER (16) une contraction musculaire réflexe du muscle antagoniste. Cette contraction réflexe, fonction de la vitesse d'étirement et de la longueur du muscle, participe à la décélération finale du mouvement. Il s'agit d'une action protectrice, musculaire et articulaire.

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET CONTRACTION MUSCULAIRE

La finalité du travail musculaire excentrique est donc différente de celle du travail concentrique utilisé comme effecteur du mouvement lors du geste sportif. Cela se traduit par des différences significatives au niveau des mécanismes mis en jeu lors de la contraction musculaire. Ce mécanisme est connu lors du travail musculaire concentrique.
Il existe, au sein de la fibre musculaire, un cycle de liaisons-ruptures entre les filaments d'actine et de myosine constituant le sarcomère. Ce mécanisme permet le raccourcissement musculaire. Il nécessite l'utilisation d'énergie stockée sous forme de phosphagènes (ATP + CP). La restitution de l'énergie nécessaire à la poursuite de l'exercice rend nécessaire la dégradation par voie aérobie et anaérobie de substrats glucidiques et lipidiques. Il y a donc une forte consommation d'O" et de phosphagènes lors du travail concentrique. En fonction de l'intensité de l'exercice et de sa durée on a de plus une sollicitation préférentielle des fibres I, à contraction lente, ou des fibres II a et IIb, à contraction rapide.
Lors du travail excentrique, l'on note une sollicitation préférentielle des fibres IIb (4). Pour CURTIN (11), les phosphagènes (ATP et CP) sont peu utilisés. Il y a peu de consommation d'oxygène (37).

FORCE ET TRAVAIL MUSCULAIRE

L'analyse des courbes obtenues lors de l'évaluation musculaire isocinétique chez le sujet sain, montre, lors du travail concentrique, que la force augmente progressivement jusqu'à une position intermédiaire qui correspond pour KIND (35) au moment où il existe le plus de ponts entre les filaments d'actine et de myosine au sein du muscle. Une fois le moment maximal développé, la force décroît progressivement jusqu'à la fin du mouvement (fig 1). De même la force diminue avec la vitesse du mouvement (fig 2).
Lors du travail excentrique, la force augmente progressivement jusqu'à une position proche de l'étirement maximal. Une fois le moment maximal obtenu, il existe une sidération réflexe responsable d'une chute brutale de la force musculaire (fig 3). C'est le " Claps Knife Reflex " décrit par PATTON (52).
On peut dire que l'évaluation excentrique évalue la résistance à l'étirement du complexe musculo-tendineux.
Contrairement à ce que l'on retrouve lors du travail concentrique, la force développée lors du travail excentrique augmente avec la vitesse d'étirement pour obtenir assez rapidement un plateau (fig 2) (38).
Il existe un mécanisme protecteur central lors du travail musculaire excentrique qui explique le plateau de force et le " Claps Knife Reflex ".
Sur la figure 2, on note que la force isométrique d'un muscle est supérieure à la force concentrique mais inférieure à la force excentrique (17, 20, 38, 42, 50, 56).

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET RENFORCEMENT MUSCULAIRE

Il n'y a pas de véritable consensus sur les résultats des protocoles de renforcement musculaire. Pour ELLENBECKER (20), le travail excentrique améliore la force concentrique plus que le travail concentrique améliore la force excentrique. SINGH et KARPOVITCH (58) ont montré que le travail excentrique d'un muscle améliorait la force de son antagoniste.
De nombreux auteurs (8, 14, 18, 25, 32, 40) sont favorables au principe de la spécificité du travail musculaire.Pour DUNCAN (18), il existe une amélioration spécifique à la vitesse de travail et un phénomène " d'overflow " de + ou - 60°/sec lors du travail musculaire excentrique.
Il semble donc préférable aujourd'hui de préconiser la réalisation d'un travail musculaire excentrique pour améliorer les capacités frénatrices musculaires. L'amélioration pouvant être due à une adaptation du système musculaire (12) ou/et à une adaptation neuro-motrice (43).
Pour HARDY (30), ce travail pourrait avoir une action spécifique sur la maturation du collagène alors que pour CUMMINGS (9), le devenir du collagène pourrait être le facteur limitant du développement de la force musculaire excentrique.

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET TONUS MUSCULAIRE

Le tonus musculaire se définit comme l'état de contraction musculaire basale.
De nombreux facteurs interviennent sur sa régulation.
Au niveau segmentaire, l'étirement agit en stimulant les organes tendineux de Golgi et/ou les fuseaux neuro-musculaires.
A vitesse lente, c'est l'action des organes tendineux de Golgi qui prédominent. Il existe par action réflexe monosynaptique (réflexe myotatique) une inhibition de la contraction musculaire.
A vitesse rapide, les fuseaux neuro-musculaires prennent le dessus. Il existe au contraire un renforcement de la contraction musculaire.
Dans les deux cas, il s'agit d'un réflexe protecteur du tendon ou de la fibre musculaire étirée.
Le fait d'associer à un étirement passif lent une contraction musculaire doit, normalement, renforcer l'action inhibitrice des organes tendineux de Golgi et limiter l'action facilitatrice de la contraction musculaire en provenance des fuseaux neuro-musculaires. Nous avons la certitude aujourd'hui, de par notre expérience clinique, que le travail excentrique sous-maximal à vitesse lente a une action supérieure à celle de l'étirement passif sur la contracture musculaire. Malheureusement, l'évaluation du tonus musculaire reste, aujourd'hui, chez le sujet sain, très difficile. Le mode d'évaluation du tonus musculaire le plus utilisé est l'étude du rapport entre l'amplitude du réflexe H sur la réponse M obtenus lors de la stimulation nerveuse (Fig 4)
L'étude de l'évolution de ce rapport, chez le sujet sain, avant et après travail musculaire excentrique ne nous a pas permis de mettre en évidence de modification significative du rapport H/M.
Par contre, l'étude de l'évolution du réflexe H au niveau du triceps sural pendant le mouvement, lors de stimulations itératives du nerf sciatique poplité interne a montré des différences notables lors de l'étirement passif et lors de la contraction excentrique sous-maximale à vitesse lente (41).
Lors de l'étirement passif (Fig 5) il existe en fin d'étirement une diminution du réflexe H et l'apparition de la réponse M. Lors du travail excentrique, ce phénomène est plus précoce et l'on note en fin de mouvement la disparition quasi complète du réflexe H et l'existence d'une réponse M maximale (Fig 6).
Il semble logique d'en déduire qu'un travail favorisant la réponse M au détriment du réflexe H diminue le tonus musculaire.

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET LESION DU COMPLEXE TENDINO-MUSCULAIRE

Toutes les lésions musculaires et tendineuses rencontrées lors de la pratique sportive peuvent s'expliquer par le travail musculaire excentrique.

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET LESIONS MUSCULAIRES

· Le D.O.M.S. (Delayed Onset Muscle Soreness) ou douleur musculaire d'apparition retardée a été décrit après un travail musculaire excentrique prolongé (2, 10, 23, 45, 48). Il apparaît 8 heures après la fin de l'exercice et associe : douleur, raideur, perte de mobilité active et diminution de force. Le maximum de la symptomatologie est atteint à la 48ème heure. Le D.O.M.S. évolue généralement en 1 semaine. Il s'accompagne pour NEWHAM (49) et SCHWANE (55) d'une augmentation des C.P.K. Deux théories méritent d'être retenues pour expliquer le D.O.M.S
La théorie du " Torn Tissue " de HOUGH (31) : il existe une rupture des myofibrilles de la cellule musculaire d'où libération d'hydrolases responsables d'une réaction inflammatoire.
La théorie du " Connective Tissue Damage " avec des lésions touchant toutes les structures conjonctives du muscle (1, 2, 19, 22, 27).
Il existe très vraisemblablement une double participation conjonctive et cellulaire. Pour HASSELMAN, la lésion touche la cellule musculaire puis le tissu conjonctif de soutien, la jonction musculo-tendineuse puis le corps musculaire.
15 contractions musculaires excentriques suffisent à produire des lésions de D.O.M.S. chez un sujet non entraîné mais pour CLARKSON (7) et EVANS (21), un entraînement excentrique permet de diminuer le risque de D.O.M.S.
· Les lésions musculaires graves se définissent par une atteinte du tissu conjonctif de soutien (à partir du stade II).
Le travail musculaire excentrique représente le modèle mécanique idéal pour créer des lésions du tissu non contractile.
In vitro, GARRETT (26) n'a jamais pu créer de lésion musculaire grave par le travail concentrique. Seul l'étirement du complexe musculo-tendineux provoque une lésion.
In vivo, l'architecture des muscles lésés, lors de la pratique sportive, les rendent particulièrement sensibles à l'étirement.
Pour VANDEWALLE (61), les lésions se produisent sur des muscles biarticulaires composés de fibres charnues courtes, il s'agit souvent de muscles penniformes.
Un muscle biarticulaire est étiré " deux fois plus " qu'un muscle monoarticulaire. Le même étirement sera relativement plus important sur une fibre courte et oblique (muscle penniforme) que sur une fibre longue et axiale.
L'analyse des mécanismes lésionnels des accidents musculaires confirme ce fait.
Le tennis-leg se produit lors d'un mécanisme associant flexion dorsale de cheville, extension de genou et contraction du triceps.
Le claquage des adducteurs se produit lors d'un grand écart ou d'un tacle au football.
Le claquage du grand pectoral survient lors d'une activité frénatrice chez le judoka.
De nombreuses études ont été réalisées sur les ischio-jambiers des sprinteurs. WORREL (62) met en avant la raideur des ischio-jambiers. Pour PATON (51), il n'existe pas de différence de force concentrique des ischio-jambiers entre 2 populations de sprinteurs, une population claquée, une population saine. JOHNAGEN (34), quant à lui, retrouve une différence significative au niveau de la force excentrique et au niveau de la force concentrique à vitesse lente. Pour STANTON (60), enfin, la cause de la lésion est l'existence d'un déficit de force excentrique.
Seul le claquage du droit antérieur semble échapper, en partie, à cette règle notamment lors de lésions se produisant lors de la frappe de balle (travail effecteur concentrique du quadriceps).

TRAVAIL EXCENTRIQUE ET LESIONS TENDINEUSES

· Les lésions tendineuses traumatiques : luxations, ruptures se produisent toujours lors d'une activité frénatrice lorsque le mécanisme lésionnel est intrinsèque.
· Le rôle potentiel du travail musculaire excentrique dans la survenue des tendinites mérite d'être explicité.
Il existe une similitude entre le D.O.M.S. (douleur apparaissant dans les suites d'une activité musculaire excentrique prolongée) et la tendinite de stade I selon la classification de BLAZINA (douleur apparaissant après l'activité sportive).
Le rôle iatrogène de l'activité musculaire excentrique est évident pour les lésions de l'aponévrose plantaire qui est toujours sollicitée en étirement.
REBER (53) a montré, lors de la course, que l'activité musculaire du triceps est maximale lors de la phase d'étirement du triceps. Il conclue sur l'importance de l'activité musculaire excentrique du triceps lors de la course. On peut en déduire que la tendinite d'Achille a, comme cause première, l'hypersollicitation musculaire excentrique du triceps.
Le quadriceps est sollicité comme frénateur lors de la course et surtout lors des sauts, que ce soit à l'impulsion ou à la réception. La fréquence des tendinites rotuliennes, chez les sauteurs, les volleyeurs ou les basketteurs s'expliquent par l'importance de la sollicitation excentrique du quadriceps imposée par leur pratique sportive.
GIANGARRA (28), a étudié l'activité électromyographique du 2ème radial chez le joueur de tennis lors du revers à une main et à deux mains. Il ne retrouve pas de différence d'activité dans les 2 populations testées. Il en déduit que l'hyperactivité du 2ème radial n'est peut être pas responsable de l'épicondylite ou que la population étudiée, du fait de son bon contrôle musculaire n'est pas une population à risque. Il manque à cette étude, une analyse biomécanique du geste. Lors du revers à 2 mains (photo 1 et 2 ) les épicondyliens se " raccourcissent ". Ils travaillent de manière concentrique. Lors du revers à une main, surtout en cas de lift, ils travaillent de manière excentrique (photo 3 et 4)
Les lésions de la coiffe des rotateurs chez le sportif (shoot au hand, smash et/ou service au volley et au tennis, crawl et papillon en natation) peuvent être expliquées par l'activité musculaire excentrique (frénatrice) du sus-épineux, du sous-épineux et de la longue portion du biceps lors du geste effecteur. Le geste démarre toujours en abduction-rotation externe d'épaule plus ou moins associé à une flexion de coude et se termine en adduction-rotation interne d'épaule et extension de coude (photo 5 et 6). Les muscles agonistes, effecteurs du mouvement, sont les abaisseurs d'épaule, les rotateurs internes et le triceps. Le sus-épineux, le sous-épineux et le long biceps font partie des antagonistes du mouvement. Ils participent à la décélération finale du geste.
Enfin, il faut souligner que certaines tendinopathies sont liées à l'existence d'un conflit. Encore faut-il remarquer que ces conflits surviennent sur un complexe musculo-tendineux contracté et étiré.
Le syndrome de balayage survient en adduction et extension de hanche à 30° de flexion, c'est à dire sur un TFL en course externe. La maladie de Haglund favorise l'existence d'un conflit entre le tendon d'Achille et le calcanéum en flexion dorsale de cheville.
Toutes ces notions nous paraissent essentielles car elles doivent avoir des répercussions pratiques sur la prise en charge des sportifs blessés.

TRAVAIL MUSCULAIRE EXCENTRIQUE ET PRISE EN CHARGE THERAPEUTIQUE DU SPORTIF

Depuis 1986, STANISH (59) préconise l'utilisation du travail musculaire excentrique dans le traitement des tendinites d'Achille et rotulienne. L'objectif est d'améliorer la résistance à l'étirement du complexe musculo-tendineux et de l'aider à supporter les contraintes imposées par la pratique sportive.
Il s'agit d'un protocole à résistance et vitesse progressives qui débute quand l'étirement passif est devenu indolore. STANISH demande 3 fois 10 répétitions. La survenue de douleur est souhaitée lors de la dernière série (" No pain, no gain "). La séance se termine par 5' de cryothérapie (photo 7 - Fig 7)
Aujourd'hui, que ce soit au niveau de l'épaule ou du rachis, d'autres auteurs préconisent l'utilisation du travail musculaire excentrique (3, 15, 24, 54, 59, 63).
En ce qui nous concerne, les indications du travail musculaire excentrique chez le sportif sont larges.
Nous l'utilisons comme technique de gain d'amplitude pour lutter contre la douleur en fin de mouvement et les contractures musculaires réflexes, sources de raideur (fig 8) et en technique de renforcement musculaire (fig 9).
Les contre-indications du travail musculaire excentrique comme technique de gain d'amplitude sont : l'existence d'un syndrome inflammatoire, une fracture non consolidée, l'existence de douleurs à la contraction isométrique du complexe musculo-tendineux sollicité lors du travail. Le travail est réalisé en sous-maximal sur dynamomètre isocinétique afin que le patient contrôle son activité. L'amplitude articulaire est pré-réglée et peut être modifiée au cours de l'exercice.
Les indications du travail de renforcement musculaire excentrique sont : les lésions musculaires et tendineuses du sportif et les lésions ligamentaires. En améliorant la force excentrique, on retarde le seuil d'apparition de la lésion musculaire, tendineuse ou ligamentaire.
Le protocole de renforcement est débuté quant l'étirement passif est indolore et si la contraction statique en course externe contre résistance faible à moyenne est bien tolérée par le patient.
Il ne nous semble pas souhaitable que ce travail réveille des douleurs musculaires et tendineuses en raison de l'effet iatrogène du travail musculaire excentrique sur le complexe musculo-tendineux. Ce travail nous paraît indispensable avant d'envisager la reprise sportive en cas de lésion musculaire ou tendineuse chronique et après chirurgie sur le complexe musculo-tendineux. Il doit être analytique afin d'éviter d'éventuelles compensations qui pourraient être néfastes à moyen terme pour le sportif . Dans les suites de chirurgie ligamentaire ou dans le traitement des instabilités articulaires, le travail excentrique est réalisé lors de la rééducation proprioceptive qui stimule le muscle stabilisateur en étirement (photo 8). Un travail analytique de renforcement excentrique peut, cependant, être proposé.

DISCUSSION

Le travail musculaire excentrique produit des lésions de manière plus ou moins bruyante. En fonction de l'architecture musculaire, s'il existe des anomalies morphostatiques ou des troubles métaboliques, les lésions vont se focaliser, parfois à bas bruit, en différents sites du complexe musculo-tendineux. Il s'ensuit une fragilité source de lésions graves. Le mécanisme de la lésion est alors inversement proportionnel à la qualité trophique du muscle ou du tendon.
Les facteurs de risque reconnus sont :
n La répétition de l'effort excentrique
n La vitesse du mouvement
n L'amplitude du mouvement
n le manque de résistance à l'étirement
L'amplitude du mouvement peut être limité grâce à une modification du geste technique ou par l'utilisation d'orthèse. On peut également rendre plus " supportable " des mouvements extrêmes en améliorant la flexibilité musculaire grâce à la réalisation d'étirements. Il faut éviter la répétition d'efforts excentriques intenses. L'entraînement doit être adapté et permettre des plages de récupération. Il a pour objectif, entre autres, d'améliorer les qualités musculaires et tendineuses et d'amener le sportif à supporter des contraintes très progressivement croissantes. Cela rend nécessaire la quantification du travail musculaire excentrique réalisé lors de l'entraînement.
La réalisation d'un protocole de renforcement musculaire excentrique, chez le sportif sain, nous paraît indispensable au niveau des ischio-jambiers et des muscles de la coiffe des rotateurs. La pratique sportive s'accompagne logiquement d'un renforcement des muscles agonistes du mouvement. Il se créé une modification de l'équilibre entre la force des muscles agonistes et celle de leurs antagonistes. Les ischio-jambiers et les muscles de la coiffe des rotateurs ont essentiellement une activité frénatrice lors de la pratique sportive. Ils doivent être préparés à ce travail.
En thérapeutique il faut intervenir sur un complexe musculo-tendineux apte à supporter des contraintes en étirement. Le travail doit être dosé, donc quantifié, afin d'améliorer la résistance à l'étirement sans être source de lésion. Il est vraisemblable qu'un travail progressif ait une action sur les fibres musculaires et les fibres de collagène, ce qui explique les capacités des sportifs de haut niveau à supporter les contraintes imposées par leur pratique sportive. Mais l'équilibre est fragile et la réalité d'un jour n'est pas celle du lendemain. Des lésions tendineuses asymptomatiques ont été retrouvées au niveau du tendon rotulien chez le joueur de Volley. S'agit-il d'une phase d'adaptation du tendon ? S'agit-il d'une phase présymptomatique de la tendinite ? Il reste encore trop d'interrogations sur les effets du travail musculaire excentrique. Cela doit nous rendre vigilant lors de l'utilisation du travail musculaire excentrique même si notre expérience clinique nous rend enthousiastes.

CONCLUSION

Le système ligamentaire et musculo-tendineux du sportif est soumis à des contraintes en étirement importantes. De sa capacité à résister va dépendre son intégrité. Après une lésion, la restitution des capacités frénatrices du complexe musculo-tendineux nous paraît être le garant d'une reprise sportive à risque limité. Seul, le travail musculaire excentrique permet d'améliorer la force frénatrice musculaire. L'absence de données fiables sur la physiologie de la contraction musculaire lors de ce travail ne nous permet pas d'expliquer les raisons de son utilité. Il existe peut être une meilleure réponse neuro-motrice ou une adaptation de la fibre musculaire. Le travail excentrique agit peut être sur la maturation du collagène et sur le tonus musculaire. Mais le travail excentrique est dangereux. Pour cette raison, il nous paraît indispensable de réaliser des protocoles quantifiés qui nous permettent de définir la frontière séparant le travail bénéfique du travail iatrogène.

ICONOGRAPHIE

Fig 1 : Evaluation musculaire concentrique du quadriceps et des ischio-jambiers

Fig 2 : Force maximale développée en fonction de la vitesse d'élongation (-) ou de raccourcissement (+) du complexe musculo-tendineux.

Fig 3 : Evaluation musculaire excentrique du quadriceps

Fig 4 : En fonction des caractéristiques de la stimulation d'une branche nerveuse on peut obtenir en électromyographie, soit une réponse musculaire (M) directe précoce, soit une réponse réflexe (H) différée.

Fig 5 : En stimulant le SPI, à l'intensité permettant d'obtenir le réflexe H le plus ample, on note en fin de mouvement, une diminution du réflexe H et l'apparition de la réponse M.

Fig 6 : Lors du travail excentrique sous-maximal à vitesse lente la réponse M apparaît plus précocement et est d'amplitude plus importante en fin de mouvement comparativement au résultat obtenu lors de l'étirement passif. Le réflexe H disparaît de manière plus précoce et plus importante.

Fig 7 : Protocole de STANISH : travail de renforcement musculaire excentrique.

Fig 8 : Protocole de travail excentrique sous maximal à vitesse lente sur dynamomètre isocinétique utilisé comme technique de gain d'amplitude.

Fig 9 : Protocole de travail musculaire excentrique sur dynamomètre isocinétique utilisé en renforcement musculaire.

Photo 1 : revers à 2 mains : Position de départ en extension de coude et flexion de poignet

Photo 2 : revers à 2 mains : Fin de geste en flexion de coude et en extension inclinaison radiale du poignet

Photo 3 : Revers lifté à une main : Position de départ en flexion de coude et position neutre du poignet

Photo 4 : Revers lifté : Fin de geste en extension de coude, flexion et inclinaison cubitale du poignet

Photo 5 : Service au tennis : Position de départ en abduction/rotation externe d'épaule et flexion de coude

Photo 6 : Service au tennis : Fin de geste en adduction/rotation interne d'épaule et extension de coude.

Photo 7 : Travail excentrique du triceps sur marche d'escalier

Photo 8 : Rééducation proprioceptive sur plateau instable. Les muscles stabilisateurs sont sollicités dans des situations de déséquilibre de plus en plus important. Ils sont sollicités de manière excentrique.

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Màj. lundi 17 janvier 2011

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